Petite-Vallée

Il y a ce fil entre eux. Une ligne tirée pour joindre deux bouts, deux points comme deux yeux. La femme a surgi dans leur vie comme une promesse d'autre chose. Elle saisit dans leur regard ce qui s'échappe. Ça court vers le large ou le milieu des terres. Ça fuit à tout vent des points cardinaux. Ça parle des rêves qu'ils ont oubliés au matin. Ça monte en volutes pour se mêler à un ciel blanc de mer, bleu de vide, gris de traces.

Ils sont ici par la faute des poissons. Ils sont ici par la faute des morues qui se jettent gueules ouvertes sur la moindre chair qui flotte entre deux eaux. Cachés dans les morceaux d'appâts, mollusques et viscères, des crochets gros comme des pouces se plantent dans les palais et transpercent les crânes depuis le bout des lignes qui filent des barques dans un sillon bouillonnant.

Extrait du texte "Lignes de fuites" écrit par Eric Plamondon pour un livre à paraître aux éditions Filigranes - co-édition Diaphane.